Y A - T- IL UNE C U L T U R E G A I E / L E S B I E N N E F R A N C O P H O N E ?
Par etoile, jeudi 22 février 2007 à 15:59 :: Gays & Lesbiennes :: #10 :: rss
Ayant passé une partie de ma vie à retrouver l'histoire des relations amoureuses entre les femmes depuis la Renaissance, et étant engagée dans un combat pour l'émancipation des femmes et de l'homosexualité dans une Cité pluraliste, je répondrai à la question par l'affirmative.Oui, il existe une culture gaie / lesbienne francophone, c'est une réalité vivante dont nous tous, ici présents autour de cette table, pouvons témoigner par nos vies et nos écrits ; mais encore faut-il s'entendre sur la définition à donner de la culture, d'abord, et de la culture gaie /lesbienne ensuite. La culture est l'ensemble des représentations qui structurent notre identité, notre imaginaire, nous aide à vivre et nous nourrit sur le plan émotionnel comme sur celui du coeur et l'Esprit. Nous ne vivons pas seulement de pain. Nous vivons d'amour parce que l'amour est une des grandes puissances de vie dont nous sommes les dépositaires. Il est donc essentiel que nous comprenions de quoi est fait cet amour que la société rejette. Pourquoi nous sommes comme ça et pas autrement, et comment nous pouvons le vivre au mieux. Car si le désir est un destin, comme le pensent les orientaux, il nous revient de l'assumer comme tel en lui donnant un sens. |
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De fait que nous appartenons à une minorité méprisée, la culture est notre sauf-conduit dans l'existence. Mais du fait aussi que l'homophobie a relégué les homosexuels dans l'infra-culturel (contre nature, la bestialité, l'imitation de l'homme, etc.), il nous revient de créer une échelle de valeur, une éthique de l'amour homosexuel qui le réintroduise dans l'universel de l'amour humain. Nous désirons notre propre sexe, certes, mais l'amour, la jouissance, l'Esprit n'ont pas de sexe. Ils sont au-dessus des sexes. Ils les englobent. UNE CULTURE FRANCOPHONE J'appartiens à une génération qui s'est libérée du double poids de domination masculine et des normes hétérosexuelles. Avec le Mouvement de Libération des Femmes, avec le Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire, nous avons impulsé un renouveau de la culture des femmes et de la culture gaie parce que toute culture prend sa source dans l'Eros libéré du contrôle social. Elle s'appuie sur la subjectivité reconquise, la passion de vivre, le feu des émotions, la quête de la liberté et de la connaissance. Oui il y a une culture gaie / lesbienne francophone parce que nous travaillons depuis plus de vingt à la construire dans notre langue maternelle, avec notre héritage culturel, ce fabuleux patrimoine qui est une force structurante dans un monde dominé par la loi du marché, la mondialisation et la dictature de la pensée unique. La culture est ce qui nous relie aux Autres, aux femmes, aux hommes, aux hétérosexuels, aux étrangers. Elle est un pont entre nos différences. Elle est à tous et à chacun. Mais aujourd'hui nous devons défendre la culture francophone face à l'impérialisme anglo-saxon qui a les moyens économiques d'imposer son mode de penser (je pense aux gender studies, aux queers), et ses produits culturels. Le cinéma européen s'organise. Nous devons aussi le faire pour sauver une sensibilité européenne, une pluralité de langues, un être au monde façonné autant par les Eglises romanes que par les révolutions. Aujourd'hui la question se pose avec plus d'acuité car nous ne nous sommes pas organisés eu Europe, avec la même détermination qu'aux Etats Unis. Il n'y a pas de gay et lesbian' studies, il n'y a pas cette territorialisation des savoirs qui est la force et la faiblesse des Etats Unis. Mais il y a chez nous un establishment universitaire et journalistique qui se sert des Etats Unis pour consolider son pouvoir et étouffer tout ce qui se fait d'original et libre dans notre pays. Je pense évidemment au colloque organisé l'année dernière à Beaubourg par Didier Eribon qui sous couvert de militantisme en faveur des gays et lesbians studies, écarta tout ce qui avait été produit en France ces dernières années sous une identité différente. Je pense aussi aux universitaires reconnues qui acceptent de parler de l'histoire des lesbiennes dans des colloques où aucune actrice de cette histoire n'a été invitée. Une culture gay et lesbienne ? De plus, l'institution profite surtout aux hommes, et renforce le pouvoir masculin comme nous avons pu tristement le constater l'année dernière avec les Gays savoirs organisés toujours à Beaubourg par Patrick Mauriés. De l'histoire de l'homosexualité féminine il n'en a été nullement question. Les hommes étaient à eux seuls l'objet du savoir gay, dans une Institution, rappelons-le, qui est nationale c'est à dire subventionnée par une nation composée des deux sexes. Nous faisons partie du seul mouvement social qui ne semble pas traversé par la différence des sexes. Ce qui est un tour de force à une époque d'égalité entre hommes et femmes. On rajoute lesbienne pour nous faire plaisir, et pour éviter le divorce, mais le couple gay et lesbien ainsi formé ressemble un peu trop au couple bourgeois du XIXe siècle où la femme n'était qu'un appendice muet du monsieur. Le débat sur l'institutionnalisation du couple homo en est l'exemple. Voilà une révolution symbolique dont il est quasiment impossible de discuter les enjeux et les fondements philosophiques. Les homos masculins nous l'imposent comme un progrès vers l'égalité entre homos et hétéros sans entendre ce que les femmes disent depuis vingt ans : le progrès, pour nous les femmes, c'est le respect de nos droits individuels et leur reconnaissance au niveau des principes du droit à travers la libre disposition de notre corps. Elle n'est toujours pas reconnue comme un droit fondamental des femmes, mais comme un droit dérivé, autrement dit on nous donne les instruments de la liberté, (l'IVG), on ne nous donne pas le principe. Car la liberté sexuelle des hommes va de soi depuis la Révolution. La culture commune, celle dans laquelle nous avons été élevée, éduquées formées, conditionnées, est une culture masculine homosexuelle. Les femmes n'y sont que très exceptionnellement convoquées, et à condition qu'elles parlent des hommes, sinon elles ne sont pas prises en considération. Mêmes les lesbiennes doivent parler des gays si elles veulent que les gays parlent d'elles (je pense à l'élection de Elisabeth Lebovici comme lesbienne de l'année par les CGL alors qu'elle n'a jamais rien écrit sur les lesbiennes). En revanche, on ne demande jamais à un gay de parler des lesbiennes pour le déclarer apte à parler au nom des gays et des lesbiennes. Nous les lesbiennes nous devons être dans la mixité si nous voulons être dans la culture. Une culture, je le rappelle, qui est encore régie par une symbolique dont le signifiant maître du désir est le Phallus. Une culture lesbienne en plein développement
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Ayant passé une partie de ma vie à retrouver l'histoire des relations amoureuses entre les femmes depuis la Renaissance, et étant engagée dans un combat pour l'émancipation des femmes et de l'homosexualité dans une Cité pluraliste, je répondrai à la question par l'affirmative.
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