Les Eglises devraient encourager les pasteurs à s'informer et à se former pour un accueil et un accompagnement adéquat et tenant compte de la spécificité de la question homosexuelle, et devraient mettre à la disposition des pasteurs, des responsables d'Eglise et des paroisses un dossier sur la question de l'homosexualité.

B) Réserves à l'égard d'un culte public de bénédiction de couples homosexuels

Il ne nous semble pas adéquat que l'Eglise institue publiquement des situations qui ne sont que particulières, même si elles sont aujourd'hui davantage acceptées. Car, par l'impact de sa parole publique et la force symbolique de ses rites, l'Eglise risque de contribuer, bien malgré elle, à la confusion actuelle qui voudrait faire croire que tout se vaut et s'équivaut. La question, en effet, n'est pas de savoir si un couple homosexuel est capable de s'aimer vraiment et de s'engager dans la durée : il en est sûrement tout aussi capable qu'un couple mixte.

La question n'est pas ici du côté de l'Amour, mais elle est bien du côté de la Loi (au sens où nous l'entendons dans le chapitre "approche psychanalytique") c'est-à-dire de la distinction et de la symbolique sociale qu'elle porte. En refusant de bénir une union homosexuelle, l'Eglise signifierait officiellement qu'elle considère que la relation du couple homosexuel relève d'abord du particulier et qu'elle ne peut prétendre à s'ériger en modèle d'identification au même titre que la relation du couple hétérosexuel.

C) Pasteurs homosexuels et ministère dans l'Eglise

Sur la question de l'acceptation ou non de pasteurs homosexuels dans un ministère ecclésial, une attitude figée et globale ne semble pas souhaitable. Cependant, il est important de prendre en compte les éléments suivants :

• L'orientation sexuelle en soi n'est pas un argument de refus : les critères d'embauche ne doivent pas être basés sur une orientation sexuelle, mais bien sur des capacités humaines et des compétences professionnelles indépendantes de la sexualité.

• Le pasteur est exposé à une dynamique transférentielle : la responsabilité ecclésiale est un lieu inévitable de transfert et d'identification très puissant. En effet, qu'on le veuille ou non, les paroissiens projettent sur le pasteur et son couple pastoral une demande de modèle porteur de représentations tout autant que de repères sécurisants et structurants. Même si notre théologie et notre ecclésiologie insistent à dire que le pasteur n'est pas et ne peut pas être "le modèle", le pasteur n'est pas libre ni maître du transfert que ses paroissiens font sur lui. C'est là sa limite, sa force et sa vulnérabilité.

• Il s'agit de tenir compte de la sensibilité actuelle des membres des Eglises issues de la Réforme et de se poser honnêtement la question : nos paroissiens et nos pasteurs sont-ils prêts à recevoir d'une façon sereine un(e) pasteur homosexuel(le) et son couple dans les presbytères de nos paroisses, ou en d'autres lieux de vie peut-être moins symboliquement exposés ?

• Il faut être clair sur la limite de l'acceptable : par exemple, un pasteur qui ne saurait garder à son homosexualité son caractère privé, ou qui en ferait une militance publique aura dépassé cette limite.

D) Conséquences

Nous invitons les Eglises à introduire de la souplesse dans leur fonctionnement au lieu de se paralyser elles-mêmes en s'enfermant dans le piège d'une règle générale et uniformisante, ou au contraire, en se perdant dans l'absence de règles et de repères.

Nous invitons les Eglises et les divers partenaires de l'exercice d'un ministère (institution ecclésiale, responsable du poste occupé, ministre) à tenir compte des éléments indiqués plus haut.

ET APRES ?

Les Eglises protestantes occidentales sont nombreuses à faire preuve d'imagination pour trouver une sorte de troisième voie devant les questions posées par la demande de bénédiction des couples homosexuels. Entre le refus et l'acceptation inconditionnelle, il s'agit pour beaucoup de trouver une façon d'être Eglise aussi pour les personnes homosexuelles, mais sans tomber dans le piège de la confusion où il n'y aurait pas de différence entre homosexualité et hétérosexualité. Pour les Eglises protestantes cela est d'autant plus difficile que, justement, elles disent ne pas "marier", mais "bénir" des mariages ou des unions. Dès lors se pose la question de savoir comment proposer autre chose qu'un accompagnement pastoral, tout acte public pouvant très vite prêter à confusion. Alors, face à une demande d'un couple homosexuel à être béni par Dieu, si ce n'est le refus, que proposer ? Une prière pour le couple ? Dans quel cadre ? Une bénédiction (avec ou sans imposition des mains) qui ne soit pas comprise par le public comme un « mariage protestant » ?

A titre d'exemple, voici la démarche adoptée par l'Union Synodale Berne- Jura en Suisse, en décembre 1999. A cette date, le Synode a adopté un nouvel article du règlement ecclésiastique créant un espace liturgique pour les couples de même sexe. Cet article est placé volontairement dans la rubrique "Communauté solidaire" sous le chapitre "Diaconie et cure d'âme" et non pas sous la rubrique "Mariage" pour éviter toute confusion avec ce dernier. Cet article dit en substance ceci : "L'accompagnement spirituel et l'entraide offerts par l'Eglise s'adressent également aux personnes seules, aux couples mariés ou non mariés, aux familles, aux couples et personnes attirées par le même sexe, aux divorcés et aux personnes séparées, aux familles monoparentales, aux veuves et aux veufs." Les personnes vivant en situation particulière, traversant des périodes douloureuses ou heureuses, pourront ainsi s'adresser à l'Eglise qui sera à même de leur offrir une réponse adéquate. L'article suivant a été accepté en première lecture : "En accord avec le Conseil de paroisse, le pasteur peut célébrer des cultes à l'intention de personnes en situation de vie particulière. Ces cultes doivent correspondre à l'esprit de l'Evangile et avoir l'adhésion de la communauté."

Source: protestants.org