"Vous avez apparemment, en France, l'habitude d'affirmer que les gays ne sont pas différents des autres. J'ai aussi entendu cela plus de deux cent mille fois. Laissons l'homosexualité de côté un instant et regardons ce qui se passe avec les psychologies masculine et féminine. Il est assez évident de constater que la psychologie d'un homme diffère de celle d'une femme. Personne n'oserait aujourd'hui prétendre le contraire. D'où provient cette différence? Naissance? Où bien éducation? Certains défendront la thèse de l'inné, d'autres celle de l'acquis. De même que l'on identifie des caractéristiques psychologique féminine ou masculine, on peut déceler l' existence d'un "fond" psychologique homosexuel.

Celui-ci varie selon les lattitudes. Si vous êtes un gay de Tasmanie, vous serez sans doute assez différent d'un homosexuel de Paris. Il n'existe pas de psychologie gay universellement uniforme, mais plutôt une psychologie gay partagée à l'intérieur d'un même système culturel. On peut, par exemple, parler de "psychologie homosexuelle occidentale". Nous avons pas mal de choses en commun. Je suppose que vous êtes gay, je suis gay, et je pense que nous avons eu des expériences similaires. Si je devais deviner quelle fut votre enfance, je dirais que vous étiez un solitaire. Que vous avez très tôt, dès l'âge de trois ans peut-être, eu la conviction d'être très spécial.

Pas tout à fait comme les autre garçons. Vous n'aimiez pas vous battre. Vous n'aimiez pas le football et préfériez jouer avec les filles pendant les récréations. Vous aviez peut-être même des poupées ou des baigneurs. Je ne pense pas que ces comportements soient liés à une différence génétique. S'est-il passé quelque chose avant ou après votre naissance? Cela n'a pas beaucoup d'importance. Ce sentiment de particularité profonde est ressenti très tôt par les individus. Plusieurs études le confirment. Prenez un groupe de garçons de 3 ans, que vous classez selon un certain nombre d'activités favorites à cet âge, foot ball, course de voitures, etc...

Reportez ensuite le tout sur un diagramme. Pour chaque activité, au sommet de l'échelle, vous avez les "dix", qui adorent, et en bas vous avez les "zéros", qui détestent. Si vous suivez tous les "zéros" jusqu'à l'âge de 20 ans, vous découvrirez alors qu'à peu près 80% d'entres-eux sont homosexuels. C'est une assez bonne méthode pour évaluer les chances d'un éventuel devenir gay.

Il existe, bien sûr, d'autres scénarios possibles. Je connais des gays qui jouent au hockey sur glace. Mais pas beaucoup. Je me suis entretenu avec plus de 3000 homosexuels au sujet de leur enfance. Je n'en ai pas rencontré un seul qui boxait. Trois pratiquaient le hockey sur glace, et une trentaine s'éclataient au football. Par contre, j'ai rencontré un millier de bons nageurs. Nous ne sommes pas de mauvais sportifs. Nous avons tout l'équipement nécessaire. Mais nous n'avons pas la mentalité, je crois. N'ai-je pas fait une bonne description de votre enfance? Ce n'est pas parce que je suis clairvoyant, mais parce qu'il s'agit d'une trame commune. Quelles sont les conséquences d'une telle enfance sur un homosexuel parvenu à l'âge adulte?

Chaque fois que vous déprimez, vous ressentez à nouveau cette impression négative. Vous croyez identifier quelque chose de profondément erronée en vous. Quelque chose qui vous est spécifique. Que vous ne partagez avec personne d'autre, homosexuels ou pas. Et ce truc byzarre vous empêche d'être totalement heureux. Voilà ce que nous héritons de notre enfance. Nous ne nous inscrivions pas dans le cadre. Nous étions des étrangers. Ce sentiment d'étrangeté est tout à fait crucial. Tous les homosexuels avec qui je me suis entretenu ont très fortement éprouvé cela.

Chaque fois que vous vous sentez rejetés, ou que vous déprimez, vous vous dites : " Oh! Il y a quelque chose qui ne va pas du tout en moi. Je n'y arriverais jamais. Je suis trop moche. Mon sexe est trop petit. Je suis trop perdu. Je ne suis pas assez brillant". Tout ce que vous voulez. Chacun s'invente son enfer personnel. Le point commun restant : "J'ai cette particularité qui m'est propre et qui m'empêchera toujours d'être heureux". Ceci est une illusion. Il est très important que les gens le comprennent. C'est une illusion que vous devez abandonner. Où alors vous allez vous détruire complètement. Nous sommes le plus à risque au sortir de l'adolescence. Le taux de suicide chez les gais augmente autour de la vingtaine et ensuite diminue.

C'est la période la plus douloureuse. C'est là où notre "étrangeté" nous pèse le plus. La période entre 18 et 25 ans est extrêmement critique. C'est le moment où les choses peuvent basculer d'un côté ou de l'autre : "Vais-je m'en sortir ou pas"? Il reste beaucoup à dire au sujet de la psychologie de l'enfant gay. Oui, les enfants gays existent. Vous étiez un enfant gay. J'étais un enfant gay. Nous ne faisions rien de gay probablement. Mais nous étions déjà gays dès notre première et tendre enfance. Nous étions très différents des autres. Quelle était votre "prédisposition", votre "pré-destinée" dans ces premières années? Vous devez explorer cela. Comment est apparu et a évolué en vous cette certitude d'être fondamentalement différent et de ne jamais pouvoir devenir pleinement heureux? Elle enfonce ses racines dans votre identité d'enfant étrange et étranger.

Il est très important de comprendre cela. Vous ne pouvez achever une psychothérapie avec succès sans le comprendre. J'ai plusieurs patients qui ont suivi une analyse pendant de nombreuses années sans jamais toucher cette question. Alors que si vous suivez une psychothérapie intégrant cette perspective, vous obtenez des résultats très rapides. Les gens se sentent mieux. Ils sont heureux d'être eux-mêmes, pas seulement d'être gays, mais d'être eux-mêmes. L'homosexualité ne constitue plus cette étrange partie de soi impossible à intégrer. Elle participe alors de l'harmonie de la personne. Que recouvre votre homosexualité? Comment pouvez-vous en tirer satisfaction? Comment pouvez vous l'utiliser afin de donner un sens à votre existence? Quel rapport pouvez-vous entretenir avec elle?

Ce sont des questions très importantes dans le cadre d'une psychothérapie. Et si vous avez un psychothérapeute hétérosexuel, il pourra ressentir quelque réticence vis à vis de votre sexualité. C'est assez fréquent. Si vous lui déclarez : " J'ai sucé un homme hier". - . " Ah! C'est super!". Dira t-il au mieux. Tout en pensant : " Mon Dieu! Il a fait une chose pareille!" Il sera mal à l'aise et vous enverra des signaux négatifs. Et ces signaux feront que vous vous sentirez étranger. Vous ressentirez à nouveau la douleur de l'exclusion. Cela revient à appuyer sur le bouton de votre enfance. Même dans le cadre d'une psychothérapie, ce bouton peut être enfoncé : " Je suis différent. Je suis erroné. Je suis la face B du disque. Je ne vaux rien". Une mauvaise psychothérapie peut ajouter à la détresse de quelqu'un. Par conséquent, je crois très important de former les psychothérapeutes aux aspects spécifiques de la psychologie homosexuelle, ou féminine. Le concept de psychologie féminine n'a pas plus de dix ans.

Nous devons avoir une psychologie gay. Comme une psychologie pour les gens qui quittent leur pays pour aller vivre dans une autre culture. Leur psychologie s'en trouve affectée. Il faut des services spéciaux pour prendre en charge les problèmes de la famille arabe immigrée par exemple. Parce que les rôles masculins et féminins arabes diffèrent profondément des rôles français. Ils ont des problèmes spécifiques avec leurs enfants confrontés à des valeurs sexuelles qui sont différentes dans la société française. Il est nécessaire de mettre en place des services de consultation spécifiques pour les immigrés. Vous devez connaitre leur culture pour comprendre leur psychologie. Si un homme bat sa femme, ses enfants, ou même les tue, vous devez savoir, vous devez comprendre ce que cela signifie dans sa culture. Est-ce normal ou non? Afin de pouvoir l'aider.

De la même manière, nous devons aussi pouvoir bénéficier de services appropriés. Si vous appelez un centre de conseil conjugual en disant : " Voilà, nous sommes un couple de garçons qui traversons une crise. Pourriez-vous nous recevoir demain matin?" Vous risquez de vous voir répondre : " Mon Dieu! Mais cela relève de la psychiatrie!". Pas de rendez-vous, ni de conseils. Confrontée à l'épidémie, votre relation ne peut recevoir de soutien extérieur. Cela signifie qu'elle va peut-être se casser la gueule et que vous allez vous retrouvez seul. Et devoir partir à la recherche d'un autre partenaire.

Pendant ce temps, vous vous retrouvez fragilisé face à l'épidémie. Il est facile, à partir de là, de comprendre la nécessité de pouvoir accéder à des compétences spécifiques en matière de psychologie, de relation et d'identité homosexuelles. Vous devez vous frayer votre propre chemin à travers la société. Et pour cela combattre une forte résistance opposée au fait d'être homosexuel. Vous ne décidez pas de faire votre come-out, d'assumer votre identité d'homosexuel, au printemps 1993 et puis terminé. Vous entamez votre processus de come-out en 93. Et ensuite vous devez ne cesser de vous battre comme un diable tout au long des années 94, 95, 96, etc. Jusqu'à ce que vous atteigniez l'âge de la retraite. C'est un travail permanent. Pour lequel vous pouvez parfois avoir besoin d'un coup d'épaule.

Voilà ce que j'ai compris après avoir lu de manière intensive sur le sujet, avoir participé à divers colloques, à de multiples activités de groupe, et avoir rencontré des milliers d'homosexuels. Voilà ce que j'ai été amené à découvrir, et cela est très important pour moi. Je n'accepte aucun compromis sur ces questions. J'utilise toutes ces découvertes dans ma pratique clinique quotidienne. Et j'obtiens des résultats étonnants. Le but de mon action consiste à aider les personnes qui viennent consulter à dépasser les obstacles qui les empêchent de s'épanouir pleinement en tant qu'homosexuel. Nous bénéficions pour cela d'une totale liberté d'action. Nos services et activités sont entièrement financés par l'argent public, par le contribuable. Et je pense que cela est tout à fait normal.

Nous nous sommes occupés des monastères pendant des centaines d'années. Oui, nous les homosexuels. Je pense qu'une importante proportion des moines et des religieuses étaient gays. Nous nous sommes occupés des pauvres et des malades. Nous avons aidé les autres pendant des siècles. Prenant soin des enfants dans les écoles. Qui sont les meilleurs enseignants? Nous n'avons pas de famille à charge et sommes entièrement disponibles. Qui sont les meilleurs infirmiers et infirmières? Mère Thérésa par exemple? Peut-être n'a t-elle jamais eu de relations sexuelles avec une femme. Mais je pense qu'il y a de forte chance qu'elle soit lesbienne quelque part. Accomplissant son travail et aidant les autres avec simplicité. Les gays sont des gens biens. Nous sommes nécessaires à la vie sociale.

La société ne peut-être uniquement composée de "guerriers" et de reproducteurs. Elle a besoin de gens qui s'emploient à s'occuper des autres. Et je crois que les gays assument un rôle très important dans ce domaine. Nous nous occupons de leurs cheveux, de leur télévision, de leurs spectacles. Nous, les juifs et quelques autres. Leurs réactions et leurs remerciements ont été les mêmes. Ils nous ont, nous aussi, jetés dans les camps de concentration. Ca n'est pas juste. Aujourd'hui, nous avons besoin du soutien de la société, pour faire face à cette épidémie. Soyez convaincu de mériter, en tant qu'homosexuel, une bien meilleure part du gâteau que celle dont vous vous contentez aujourd'hui! Il est normal que nous puissions bénéficier d'un soutien spécifique financé par l'argent public. Nous faisons partie de la société.

Nous en constituons une composante importante. De nombreux gays sont a-sexuels. Et une grande partie d'entres-eux se sur-investissent dans le travail. Ils assurent, à travers l'histoire, l'existence de réseaux de soutien nécessaires à la vie sociale. Nous assumons là un rôle historique important. Pourquoi à travers l'histoire de l'humanité, à toutes les époques, dans toutes les sociétés et toutes les cultures, est-il nécessaire qu'il y ait un certain pourcentage de gays? Génétiquement, nous aurions du disparaître il y a des milliers d'années. Si facteur de sélection il y a, il semble fonctionner en notre faveur. Pourquoi la société a t-elle besoin des gays pour survivre?

Cette question est importante pour mieux comprendre la psychologie gay. D'où venons-nous? Quel est notre héritage historique? Quelles sont nos valeurs propres? L'enfance et l'adolescence d'un gay sont deux périodes cruciales qu'un psy doit absolument connaître s'il veut pouvoir apporter un soutien efficace à des homosexuels confrontés à l'épidémie. Parce que le traumatisme que vous ressentez au moment de la découverte de votre séropositivité, ou lorsque vous tombez malade, est le même traumatisme que celui ressenti dans votre enfance, lorsque vous aviez la certitude d'être une personne étrange et inutile. Vous pouvez réagir en estimant qu'il n'est peut-être pas important de vous faire suivre médicalement. Si vous êtes confronté à une crise ordinaire, vous ne venez pas nous consulter. Vous pleurez pendant deux jours et puis ça passe.

Par contre, si vous avez une crise plus grave, vous pleurez peut-être pendant une semaine. Rien n' y fait. Vous devenez de plus en plus désorienté et ne savez plus quoi faire. Vous pouvez aller jusqu'à contempler le suicide. Puis vous vous décidez à venir nous voir pour tenter de comprendre ce qui s'est passé. Pourquoi ne vous a t-il pas suffit de pleurer pendant deux jours comme l'aurait fait n'importe qui d'autre? Si je vous annonce que vous avez un cancer qui n'est pas opérable, vous allez angoisser pendant deux jours et puis vous vous récupérerez. Vous penserez peu être un peu plus à la mort, mais vous continuerez à mener une existence normale. Le virus du sida provoque des réactions beaucoup plus radicales. Certaines personnes s'enfoncent dans une grave dépression.

D'autres tentent de se suicider. Pourquoi cela? Ca n'est même pas une réaction normale de la part de quelqu'un à qui l'on annonce qu'il est très malade et qu'il n'a plus que cinq, dix ou quinze ans à vivre. Vous dites la même chose à un diabétique. Vous dites la même chose à une personne qui vient d'avoir une attaque cardiaque : "Bon! Et bien je vais essayer de manger moins gras et d'arrêter de fumer". Mais elle ne va pas déprimer et se sentir mal ou étrange pendant des mois. Le sida est une maladie mythique. Ca n'est pas comme le cancer, le diabète ou l'infarctus. C'est beaucoup plus que cela. C'est une maladie qui vous épouvante, vous isole et vous dévore, d'une façon presque magique.

Nous nous efforçons d'éliminer le "magique", qui repose principalement sur votre expérience d'enfant différent et isolé. Il existe un thème qui traverse votre vie. Comme il existe un thème qui traverse la vie d'une femme, ou d'un homme. Il faut le comprendre et en tenir compte. Nous devons comprendre la nature de la personnalité gay et ses "prédispositions". Vous êtes dans une situation particulière, lorsque vous naissez au monde pour devenir gay dans 12 ou 15 ou 20 années. Vous allez grandir homosexuel. Pour l'instant vous n'êtes qu'un petit enfant. Mais cela va, dès maintenant, modifier toute votre existence. Il est très important qu'un psychologue ou un psychiatre, soit initié à la psychologie gay sans quoi il ne pourra pas comprendre ses patients.

Face à l'épidémie de sida, beaucoup de personnes entament une régression par rapport à leur processus de "coming out", d'affirmation de leur identité homosexuelle. Elles effectuent une marche arrière et retournent vers ces 15 ou 20 premières années inconfortables et difficiles. C'est comme lâcher prise et dégringoler de plusieurs échelons sur l'échelle que vous aviez réussi à gravir. Au risque de vous tuer dans la chute. Il va falloir très vite gravir à nouveau ces échelons perdus. Vous allez pour cela rechercher le soutien qui va vous permettre de reconquérir votre position antérieure, et de la dépasser. C'est pour cette raison qu'il est très important de comprendre les mécanisme du coming-out et les phénomènes de régression possible qui en résultent. Conseils aux séropositifs?

Le facteur qui va le plus compter dans l'évolution de votre situation de séropositif réside dans la manière dont vous allez réussir à établir des liens avec d'autres personnes confrontées à la même situation que vous. Essayez d'entrer en contact avec un groupe de séropositifs. Et si vous n'aimez pas les personnes présentes lors de votre premier visite - l'un avait un peu bu, l'autre était trop moche et le dernier était trop vieux - retournez-y une deuxième et troisième fois. Jusqu'au moment où vous rencontrerez la personne avec laquelle vous pourrez établir un rapport personnel intime. Laissez le sexe de côté pour l'instant. Efforcez vous plutôt de vous constituer des amis dans la même situation que vous, et rencontrez les régulièrement. Sortez, allez dîner ensembles.

Allez chez le docteur à plusieurs. Partagez votre AZT, ou vos soucis. C'est de loin la chose la plus importante pour l'évolution de votre situation. Encore plus important que d'obtenir de l'AZT. Vous devez absolument vous constituer un réseau d'amis proches. Ou alors vous allez abréger votre existence et mourir beaucoup plus vite que vous n'auriez dû. On peut dire la même chose par rapport à l'identité homosexuelle. Vous pouvez y réfléchir dans votre coin pendant des jours et des nuits. Vous ne vous sentirez pas mieux pour autant. Vous pouvez aller consulter un psy. Cela n'y changera pas grand chose. Vous devez sortir de chez vous et partir à la rencontre d'autres gays dans la même situation que la vôtre.

Si vous avez 20 ans et que vous n'avez jamais eu de rapports sexuels avec un mec, et bien entrez en contact avec d'autres gays du même âge qui, eux non plus, n'ont jamais eu de relations sexuelles avec un autre homme. Partagez vos expériences. Et vous progresserez. Vous avez besoin d'un miroir pour vous même. Et l'exercice de psychologie ne fournit qu'un piètre miroir, instrospectif et narcissique. Vous devez donner quelque chose à quelqu'un et voir comment il réagit. A son tour, il vous renverra quelque chose. Cet échange est à la base de toute progression. Il est très important que vous vous entouriez de personnes avec lesquelles vous puissiez construire une relation profonde et intime. Un ami proche? Pouvez-vous l' appeler au milieu de la nuit pour lui dire que vous êtes inquiet, que vous vous sentez seul et que vous avez peur de mourir, avant de le rejoindre et finir la nuit chez lui? Voilà ce que j'appelle un ami proche. Essayez d'avoir deux ou trois amis intimes.

Beaucoup de gens n'ont pas même un seul ami véritable. Et c'est très dangereux. Vous pouvez en mourir. Très peu de gays ont de véritables amis. Ils n'ont pas le temps. Ils se contentent de baiser à droite et à gauche. Ou se sentent trop mal. Ou sont occupés à mille autres tâches plus importantes. Et n'ont pas d'amis. J'ai moi-même été très seul, je sais de quoi je parle. Il est vital que vous preniez le temps de vous construire des amitiés. Et cela en demande beaucoup. Vivre sans amis n'est pas vivre. Vous pouvez être professionnellement apprécié, reconnu, socialement intégré, et néanmoins passer à côté de la vie. Le choix est simple. La seconde étape consiste à restaurer votre vie sexuelle.

Au tout début de leur séropositivité, la plupart des gens abandonnent toute activité sexuelle. Et ça n'est pas très bon non plus. Essayer de retrouver votre vie sexuelle là où vous l'aviez abandonnée. Si vous aviez l'habitude de faire la tournée des bars et des saunas, retournez-y. Si vous aviez un amant, retrouvez-le ou cherchez-en un autre. Si vous partagez votre vie avec quelqu'un avec qui vous avez cessé d'avoir des relations sexuelles, essayez d'en discuter. Invitez même un ami extérieur à votre couple pour parler ensembles des raisons pour lesquelles vous avez perdu votre appétit sexuel. Participez à des jack-off, ou des soirées cuir. Explorez d'autres possibilités de baiser, en y intégrant les gestes du safer-sex. Cessez d'être hostile envers votre sexualité.

Retrouvez le plaisir du sexe tel que vous connaissiez auparavant. Sortez à nouveau. Recommencez à draguer, même sans nécessairement aller tout de suite jusqu'à la relation sexuelle. Mais pour d'abord vous sentir bien, à nouveau désirable et désiré. Vous êtes peut-être séropositif, mais vous n'êtes pas malade. Vous êtes tout à fait très bien. Vous pouvez vivre une existence pleine de satisfactions, de sens, de plaisirs et de joies. C'est très important. Vivez pleinement. Donc, en résumé, dans un premier temps faites vous des amis, et dans un deuxième temps, retrouvez une vie sexuelle épanouie. Les amis restent la chose la plus importante. Peut-être allez vous tomber malade dans 8, 10 ou 12 ans? Vous apprécierez beaucoup d'être entouré à ce moment-là. Les chances de mourir sont également réparties entre tous les êtres vivants.

Une par personne. La mort n'est pas tragique en soi. La véritable tragédie, c'est de mourir seul et isolé. J'ai vu des personnes totalement heureuses à la veille de mourir. Nous sommes tous des vivants. Vous ne pouvez pas être en train de mourir. Vous êtes soi vivant, soi mort. Qu'est ce que mourir? Vous vivez jusqu'au dernier instant. Et vous pouvez encore faire quelque chose de cette vie, même si vous êtes cloué à votre lit d'hôpital, avec des sondes et un poumon artificiel. Vous pouvez avoir vos amis autour de vous. Et si la douleur est trop forte, vous pouvez appeler l'infirmière pour qu'elle vous fasse une injection de morphine. Vous vivez. Même dans une situation aussi difficile, vous continuez à vivre.

C'est dur, mais vous pouvez y arriver. Dans une chaise roulante, vous pouvez vivre pleinement. Aveugle, vous pouvez vivre pleinement. Le but de la vie, c'est la vie elle-même. Après, vous verrez bien. Une grosse surprise ou peut-être rien. Je ne pense pas que "Dieu", s'il existe, veuille que nous perdions notre temps avec l'après : "Ne pensez pas à moi! Pensez plutôt à la Création! A la sexualité et au reste! J'ai eu un mal fou à mettre tout ça au point. Tout particulièrement ces homosexuels. Une sexualité très délicate que celle-là. Alors de grâce, faites-moi plaisir, profitez-en!"

Source : ericremes.free.fr