Le terme de lesbophobie décrit donc la conjugaison de cette double discrimination. La lesbophobie se manifeste par la peur et la haine envers les lesbiennes parce qu’elles transgressent les rôles féminin/masculin, et sont indépendantes des hommes sexuellement, et en partie économiquement.
Identifier, nommer la lesbophobie est important car « ce qui ne se nomme pas n’existe pas ». L’association CQFD Fierté Lesbienne / Paris place l’action contre la lesbophobie au cœur de ses activités Elle soutient financièrement des actions en justice intentées par des femmes victimes de violences lesbophobes grâce aux excédents de la mégafête lesbienne. Participer à cette fête constitue un soutien à ces actions. A ce jour cinq procès ont pu être financés par CQFD à raison de 1000 Euros par procès sous forme de prise en charge des frais d’avocate.
Quelles stratégies adopter en cas d’atteinte lesbophobe dans notre vie privée ou publique ? Lors d'une précédente Fierté lesbienne, un débat sur le thème de la lesbophobie avait fait salle comble autour d’intervenantes de qualité. Nous en livrons ici quelques extraits et passages résumés ; l’intégralité des communications sera disponible à la salle Wagram le samedi 23 juin 2001.
Utiliser les actions médiatiques
La réponse de Florence Montreynaud, fondatrice des Chiennes de garde de ce mouvement, à cette question est claire, Pour elle, « ça suffit ». Indignée par un sexisme encore florissant après 30 ans de luttes féministes, elle a opté pour l’expression de la colère en créant, après le 8 mars 99, « Les Chiennes de garde ». Leur défense de la journaliste Laure Adler, injuriée, leur a valu la une des medias. Puis elles soutiennent Nicole Abar, entraîneuse de foot féminin, objet d’insultes sexistes et lesbophobes par le maire du Plessis Robinson lors d’un conseil municipal et en son absence. L’appel aux dons leur a permis d’allèger les frais d’un procès coûteux. « Une femme insultée qui dit « non », c’est pour toutes les femmes ». « Il y a des mots qui tuent » et qui ne peuvent être réparés que par des mots d’excuses, afin que les machos comprennent que les femmes sont à respecter comme tous les être humains.
Combattre sur le terrain juridique
Caroline Fourest, rédactrice en chef de Prochoix, raconte la génèse de cette initiative. Elle explique qu’au moment du PaCs, dans la masses de documents ignobles que reçoit Prochoix, l’un d’entre eux, qui fit la une du journal catholique Présent sous entend que les hommes homosexuels veulent adopter des petits garçons pour les violer (“Viens mon petit, tu vois bien que l’on te reçoit à….draps ouverts.). Prochoix réalise alors qu’il « n'existe aucune disposition dans la loi actuelle permettant de poursuivre un journal ou un article pour incitation à la haine homophobe (c’est-à-dire gayphobe, lesbophobe et transphobe).
En 1999, est créé le Fonds de lutte contre l’homophobie. Grâce à une équipe d’avocats et à l’argent récolté suite à des appels à dons, le Fonds s’est engagé à faire tout ce qui est son pouvoir pour porter plainte contre ceux qui, individu, groupe ou journal, incitent à la haine homophobe. Le but ? Faire évoluer la législation en initiant des procès qui, au mieux, feront évoluer la jurisprudence, au pire, apporteront la preuve qu’il existe un vide juridique permettant à ces appels à la haine de se multiplier en toute impunité.
Sur les conseils du Fonds de Lutte, le Centre gai et lesbien (CGL) à porté plainte pour diffamation contre Présent. Furieux, le journal publie en réponse un article consacré à la plainte du CGL sous le titre : “Pour imposer le Pacs » avec, en illustration, deux hommes faisant semblant de s’interroger sur le mal qu’il y a à confondre “homosexuel et pédophile”. “Ben quoi, c’est comme si on confondait ‘anormal’ et ‘pervers ?” Le CGL porte plainte à nouveau.
Invitée à s’exprimer à la barre, Caroline dénonce la stratégie malveillante de Présent consistant à faire croire que le CGL lui intentait un procès pour l’empêcher de lutter contre la pédophilie, le faisant ainsi passer pour un défenseur du viol des enfants ! Elle rappelle « que la première cause de pédophilie, l’inceste, se pratique dans des familles parfaitement hétérosexuelles, et que le fait d’assimiler les gays et les lesbiennes à des violeurs d’enfants au motif qu’ils aimaient quelqu’un du même sexe était non seulement absurde mais particulièrement insupportable. »
En résumé, Présent estimait n’avoir fait qu’un article d'idées générales défendant une conception traditionaliste et catholique de la famille. Me Tricoire, avocate du Fonds de lutte contre l'homophobie et du CGL, a plaidé, elle, qu'il était « temps d'arrêter de désigner un groupe de gens à la haine.»
Lors du premier procès, le CGL a été débouté. Parmi les motifs invoqués, le Tribunal a estimé que "l’article 2-6 du Code de Procédure pénale permettait aux associations se proposant de combattre les discriminations fondées sur le sexe ou les mœurs d’exercer les droits reconnus à la partie civile seulement en ce qui concerne certaines infractions limitativement énumérées par ce texte, dont la diffamation ne fait pas partie.»En d'autres termes, la Cour a reconnu que, s'il existait des lois pour porter plainte contre la discrimination en raison des mœurs, il n'existait rien de tel pour permettre à des associations de porter partie civile contre la diffamation, l'injure ou l'incitation à la haine.
Nous avons au moins fait la démonstration de ce vide absolu.
Pour combler ce vide juridique avec SOS homophobie, Aides, Act-Up Paris, la Ligue des droits l’Homme, Sida info service et le CGL de Paris, nous avons rédigé une proposition de loi qui permettrait d’inclure ce qui manque dans le code de procédure pénale. Concrètement, il existe trois lignes dans le code de procédure pénale qui permettent à des associations de représentants des immigrés ou des juifs de se porter partie civile en cas d’incitation à la haine en raison de la race « vraie ou supposée » (c’est important) ou de la religion, et nous proposons d’y ajouter : "en raison de l’orientation sexuelle, du sexe et de l’identité sexuelle, vraies ou supposées" afin que cela puisse jouer pour les femmes, pour les homosexuels (hommes et femmes) et pour les transsexuel/le/s. Cette proposition a aujourd'hui été reprise par l'ensemble des partis de gauche, à quelques mots près. Nous attendons que l'un d'eux veuille bien le mettre à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale. »
Veiller à faire intégrer les discriminations spécifiques faites aux lesbiennes dans toute demande d’adaptation des textes législatifs.
Pour Raymonde Gérard représentante de la Coordination lesbienne nationale, il est important que chaque lesbienne prenne conscience que la lesbophobie peut lui « tomber dessus » un jour ou l’autre sans crier gare, et que nous la lutte à mener qui passe par la prévention et par la répression . Elle souligne la spécificité de la lesbophobie :
“ - la première forme, paradoxale, de la lesbophobie est l’occultation qui consiste à passer sous silence le lesbianisme dans la littérature, l’histoire, l’édition, d’où les héroïnes lesbiennes sont quasiment absentes, la vie de Sappho elle-même ayant été « revue et corrigée » pour la rendre moins subversive. Aujourd’hui encore, la nature amoureuse de la relation entre deux femmes est souvent masquée dans la présentation de films ou d’ouvrages au contenu pourtant explicitement lesbien, à l’inverse des relations entre gays. Cet effacement, qui relève du sexisme, rend difficile la quête identitaire des jeunes lesbiennes qui ne savent où trouver des héroïnes en qui se reconnaître.
- la deuxième forme de lesbophobie est la « récupération » de la sexualité lesbienne par la pornographie : c’est à ce rayon, par exemple, que certains kiosques placent Lesbia magazine, notre magazine culturel lesbien-féministe. La réduction de l’amour lesbien à la caricature de perverses lubriques vise à le stigmatiser pour mieux le déconsidérer.
- cela autorise la forme la plus agressive de la lesbophobie : les injures, le harcèlement, les agressions pouvant aller jusqu’au viol : il s’agit alors de punir les lesbiennes d’être des femmes sexuellement indépendantes des hommes, d’échapper à la soumission traditionnelle des femmes. Ainsi la lesbophobie conjugue-t-elle le sexisme et la haine de la transgression des genres masculin/féminin.
Cette spécificité nous oblige à demander une réelle prise en compte, dans les mesures préventives, des lesbiennes et des préjugés qui les oppriment, et à formuler des amendements pour que la loi sanctionne explicitement les violences et viols punitifs à leur encontre . Elle nous amène enfin à réclamer la parité pour la composition de l’Autorité administrative chargée de vérifier l’application des dispositions préventives et répressives concernant la lesbophobie, le sexisme et l’homophobie. »
Demander aux Etats de respecter leurs engagements internationaux (Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et ses Protocoles additionnels, Convention de Beijing +5, Convention contre la torture et les mauvais traitements…)
Pour la représentante de la Commission Homosexualité et Droits humains d’Amnesty International « les discriminations sont à la fois une manifestation du rapport de force inégal qui existe et un instrument permettant de perpétuer la domination ».
La situation des lesbiennes dans un pays donné est très fortement dépendante de la condition des femmes en général dans ce pays.
Une discrimination se traduit en pratique par des comportements très divers qui vont de traitements inégaux à des actes violents :
- Si les discriminations sont le fait d’une loi particulière, l’Etat doit changer sa législation pour se mettre en conformité les traités Internationaux qu’il a signés.
- Si les discriminations sont commises par des agents de l’Etat (fonctionnaire, policier,…) en violation des lois nationales ou internationales, l’Etat est tenu pour directement responsable des actes commis par son agent. Celui-ci doit être sanctionné administrativement ou juridiquement et la personne discriminée doit être indemnisée.
- Si les discriminations sont commises par des particuliers (voisins, collègues de travail,…), c’est bien sûr la personne qui a commis l’acte qui est responsable. Cependant, dans la mesure où l’agresseur bénéficie d’une immunité de fait pour l’acte qu’il a commis (parce que la victime n’a pas osé porter plainte, parce que la police a classé l’affaire sans suite ou parce que la justice a acquitté l’agresseur ou l’a condamné à une peine dérisoire par rapport à la gravité de l’acte commis), l’Etat est tenu pour responsable de ce déni de justice. La personne discriminée doit être indemnisée.
Source : fiertelesbienne.org
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